Exposition Eric MASSHOLDER : Le Conte du Serpent Vert

Du 30 novembre 2007 au 12 janvier 2008 - Galerie QVADRIGE - 14 avenue Pauliani 06000 Nice

Ce conte, dit du Serpent Vert, est un texte très peu connu de Goethe. Simplement intitulé « Conte » (Märchen exactement), il figure dans les « Entretiens d’émigrés allemands ». Ce récit fantastique nous fournit probablement la clé de tout un côté de la symbolique de Goethe ; il fascine le penseur, et de nombreux esprits ont tenté d’en démêler le sens mystique. Hermann Grimm et Milosz écrivaient que Goethe n’avait jamais été compris, et lorsque le Prince Auguste de Gotha le félicitait pour cette « puissante Apocalypse » que dissimule le conte, Goethe souriait et voilait sa pensée derrière l’ironie. Mais ni Schiller, ni Novalis ne furent dupes, et plus près de nous Oswald Wirth et Rudolf Steiner en firent l’exégèse, car, comme le dit A. Tanner, il s’agit de prolonger la tentative grandiose du poète à partir du point même où elle fut interrompue par la mort et par l’incompréhension des hommes ; cette élucidation étant indispensable car nous sommes de ceux pour qui la jouissance du Beau s’exalte et s’amplifie par la connaissance du Vrai.

Traduire Goethe sans le trahir nécessite aussi du génie. La traduction que nous avons choisie est celle de Porchat (1860), et elle me semble très intéressante dans la mesure où j’ai le sentiment que d’autres nous livrent trop rapidement quelques clés de l’énigme, particulièrement quant au rôle du Beau lis. Eric Massholder a eu l’avantage, je dirais même la chance, de travailler ce conte dans sa version originale, sans se poser ces questions sur la qualité de l’une ou l’autre des traductions ; et le travail qu’il nous livre est un condensé de romantisme et d’expressionnisme. Son serpent se fait couvre-chef et écharpe autour du cou de Goethe, les feux follets sont évanescents et subtils, le passeur maîtrise le mouvement, le géant semble en position instable et le prince est visiblement nourri de la puissance des trois rois ; tous, gravés dans le bois et rehaussés à la main, ils nous entraînent dans les méandres de la pensée de Goethe, dans ce qui pourrait bien être son testament.

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