MONASTERIO

« Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre une étoile ou une planète nouvelle. J’ai juré que le prochain astre qui se présenterait à moi s’appellerait Monasterio. Et il est passé, lentement, devant moi, avec ses boules de neige et ses fleuves fixés comme de la pierre la plus dure. Voici un satellite qui vous salue et qui reviendra. » Man Ray, Paris, 1960, préface de l’exposition « Hydromancie ».

« Monasterio c’est bien le nom d’un sorcier moderne qui fait l’alchimie à l’envers – à l’envers de ceux qui font de l’or avec la peinture – Monasterio fait de la peinture avec de l’or, ou avec de l’argent liquide. » Man Ray, Paris, 1961, préface de l’exposition chez Valérie Schmidt.

Alfredo Vila Monasterio est né à Barcelone, le 11 avril 1930, arrivé à Paris en avril 1956, et décédé, en avril 1994, le 18. A 12 ans, il a trouvé sa voie : il sera peintre, mais commence par des études en photographie, auprès de son père, photographe professionnel. Cette double approche l’amène, dès son arrivée à Paris, boulevard Saint Germain, à multiplier les expériences, interrogeant une goutte d’eau ou d’huile, puis en traitant directement le papier photographique au vernis, à la colle ou au révélateur, utilisant les sels métalliques pour obtenir la couleur. Les tâches qu’il réalise, provoquées certes, conduisent à l’accident sublime et recherché. Ce sont ces premières séries d’œuvres ces images prodigieuses, parfois inquiétantes, ces techniques tout à fait originales, qui ont suscité ces dédicaces de Man Ray.

Cette rencontre en provoquera de nombreuses autres : André Breton lui consacrera la couverture du numéro 1 de « La Brèche » ; Louis Pauwels déclare porter la responsabilité d’avoir engagé Monasterio à peindre - devant une série de ses premières toiles, il écrira : « Je rends grâce à mes guides inconnus de m’avoir permis d’assister à ce spectacle beau et pathétique… » - il qualifiera sa peinture de « réalisme fantastique » et lui ouvrira les portes de « Planète » ; il créera de nombreuses couvertures et illustrations pour « Fiction » ; Topor, Jodorovsky et Arrabal l’inviteront a participer à la création du groupe « Panique »…

Puis, au fil des expositions, François Garnier nous confiera que « Archange moderne ou illusionniste fantastique, ange ou démon, Monasterio n’a pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller » ; Michel Random affirmera que « Monasterio entend et voit ce qui ne peut ni se dire ni s’exprimer, et que tout en lui le force à peindre l’insaisissable mouvance du Tout ; enfin, lors de la dernière exposition rétrospective organisée au Musée Goya de Castres, en 1996, Jean-Louis Augé, conservateur, écrira : « Monsieur, vous êtes un peintre… »